Emile Connes (1877-1970)
Sur le plan matériel, le chanoine CONNES a accompli un immense travail. Il est le fondateur-bâtisseur de l'église de Sévérac-Gare et de toutes ses dépendances (maison paroissiale et toutes ses dépendances, presbytère etc.…). Il est à l'origine des classes maternelles et primaires, de la création de la société musicale "la Jeanne d'Arc" et d'autres associations et groupements paroissiaux. Il ne parlait jamais de ce qu'il avait fait en août 1944 lorsqu'il offrit sa vie pour arrêter les représailles allemandes sur Sévérac après l'attaque du Maquis à la Muraillasse. Le Docteur Testor, maire en 1947 a accepté de donner à une rue le nom de ce "héros obscur" comme titrait le journal de Millau en relatant ses obsèques. Un de ses grands amis, Marcel Alméras, a souvent relaté cet épisode et nous remercions sa fille de nous autoriser à le publier. L’abbé Emile CONNES s’offre en otage à l’armée allemande (d'après Marcel Alméras) A la mi-1944, les actions de la Résistance, menées par le Maquis Arête-Saules avaient rendu les Allemands particulièrement “nerveux”. Arrivés à Sévérac le 13 août au soir, avec plusieurs chenillettes, ils semblaient déterminés à “nettoyer” le secteur, quitte à y commettre les mêmes horreurs que, 2 mois plus tôt, à Oradour-sur-Glane. Des tirs de mitrailleuse sur les civils qui s’étaient enfuis dans la campagne, et des incendies de maisons firent deux morts. A cette époque, le curé de la paroisse Saint Jeanne d'Arc était le chanoine Emile CONNES ; et toutes les autorités locales (mairie, gendarmerie ….) ayant disparu, ce prêtre comprit qu'il était le dernier rempart de la population face aux exactions d l'envahisseur. Il prit alors l'initiative de rencontrer le commandant allemand qui s'était installé à l'hôtel Soulié (actuel Café de la Gare). A la fin de la messe du 15 août, il demanda donc à Marcel Alméras de l'accompagner à cet entretien. "Il est environ 8 h 30 ; nous partons de l'église vers la gare. Une courte halte en passant devant l'épicerie Carrière (actuellement la droguerie Point) permet à Monsieur le Curé d'informer l'épicière et sa fille du but de sa démarche ; à leur attitude, ces personnes ont bien compris de quoi il en retourne. Puis, Monsieur le Curé fait appeler l'interprète chez le chef de gare, mais sa présence s'avéra inutile, le commandant allemand parlant très bien le français. Nous sommes reçus ; il est presque 9 h. L'officier, assis derrière une table, sourit en nous voyant entrer et paraît à l'aise. Il tend la main à Monsieur le Curé qui, lui, se raidit, garde son bras immobile et accuse même un léger recul : "Je tends la main à mes amis … Vous, Monsieur, vous n'êtes pas mon ami. Nous venons vous demander de faire cesser les incendies et les attaques contre la population de Sévérac". L'officier, vexé, répond assez sèchement : "Je respecte vos cheveux blancs." Et s'adressant à moi, me montre la porte : "Pas vous, sortez !" Je me retire donc, laissant Monsieur le Curé seul avec l'allemand qui n'ayant pas apprécié l'attitude très réservée sinon hostile du prêtre, semble peu disposé à conserver un témoin français. Par la porte entr'ouverte, j'ai néanmoins pu suivre le dialogue que Monsieur le Curé dirigeait. - "La population de Sévérac travaille, fait son devoir et n'a rien à se reprocher. Ce qui a lieu actuellement est injuste et je vous demande de faire cesser cette injustice. - Il y a des coupables ici, répond le militaire. Et c'est eux que nous voulons trouver, c'est eux qui sont responsables de ce qui arrive. - Je vous ai dit que la population de ce pays n'a rien à se reprocher, réplique le prêtre. Et je vous demande de la respecter car elle ne connaît pas les coupables. Je suis ici responsable, et s'il vous faut un otage vous me trouverez au presbytère ; mais je vous demande de faire cesser l'attaque de vos soldats contre des innocents. - Pour le moment, votre parole me suffit et je vous accorde cela, répond l'officier." Quelques brèves paroles sont ensuite échangées, dont je n'ai pas gardé le souvenir ; pour moi l'essentiel a été dit et une promesse obtenue. Nous revenons à l'église vers 9 h 30. En chemin, j'ai eu l'impression que Monsieur le Curé ne croyait pas à ce retour. Il était nerveux. Il avait fait le sacrifice de sa vie avant l'entrevue. Quatre heures plus tard, les Allemands partaient … Le soir, je suis revenu et nous sommes allés prier à la chapelle de la Vierge. Voilà ce qui s'est passé ce jour-là. Depuis, et jusqu'à son décès début 1970, une rencontre d'anniversaire nous donnait l'occasion à chaque 15 août de remercier Celle dont ce jour-là est la fête et qui est une fois de plus, Reine de la Paix. Retour à la liste des personnages qui ont marqué la cité |


